« à la recherche du chaînon manquant »

Filmer le syncrétisme religieux dans les Caraïbes n’est pas inédit, ce qui l‘est avec "Soul Rebels" c’est de l’aborder en Jamaïque ! Les cultes associant la transe ont été largement étudiés pour Cuba, Haïti ou le Brésil ; quasiment pas pour la patrie du Reggae !

 

Même en interrogeant les artistes ou la population, vous recueillez au mieux des sourires condescendants, au pire de l’hostilité. Pourquoi cette attitude dans un pays si fier de son héritage africain ?

 

Fait d'autant plus étonnant que la musique populaire Dancehall faisait allusion aux cultes Kumina et Poco dans les années 80/90.

 

Il a donc fallu rencontrer les musiciens qui avaient créé cette musique et leur demander s'ils s'étaient bien inspirés de ces répertoires liturgiques ; demander aussi aux adeptes de ces cultes pourquoi ils demeuraient les grands oubliés de l’histoire de la musique jamaïcaine ?

Et demi-surprise, les musiciens le confirmaient. Nombre de rythmes Dancehall sont inspirés des rythmes Revival ou Kumina. Et pas seulement! Ces "nouvelles" religions portaient déjà aux 18e et 19e une parole émancipatrice, pour les esclaves d’abord, puis pour les libres. On comprend mieux la fulgurante apparition de Rastafari à partir des années 1930.

 

Revival et Kumina : les grands oubliés de l'histoire musicale jamaïcaine 

" Soul Rebels " est un projet issu de mon amour immodéré du Dancehall depuis 30 ans et de l'étude patiente des articles ethnologiques s'étant penchés sur ces religions toujours vivaces aujourd’hui, bien qu'en déclin.

Les entretiens filmés des musiciens fondateurs (Sly DunbarClevie Browne….); d'ethnologues spécialistes du sujet (Edward SeagaWilliam Wedenoja) permettent de comprendre ce foisonnement spirituel et militant propre à la Jamaïque. En interrogeant à leur tour les héritiers de ces cultes, se dessinent alors les filiations et les ruptures.

Avec pour corollaire, cette constante soif de spiritualité africaine et de lutte pour les droits humains. Contre vents et marées, quelles que soient les époques : un esprit contestataire, une vie en rapport avec la spiritualité. Peut-être les ingrédients majeurs de l'identité jamaïcaine ?

 

Les Marrons, vainqueurs d'une longue guérilla, arrachèrent de la Couronne anglaise un territoire à eux de 6 km2 en 1737. Mais ils ne représentaient qu'une petite partie de la population noire, alors servile.

C'est dans les cultes afro-chrétiens dits Revival en Jamaïque que s'est forgée une certaine musique, un certain esprit menant à Rastafari au début du 20e.

A grande échelle, l’étude de la musique jamaïcaine est celle de la musique et de la culture globalisée des 20e et 21e siècles (voir le succès de la culture Hip HopStreet culture, mode, gangster culture, danse, etc).

 

Les interactions entre le Dancehall et ces religions premières (« native ») confirment que la Jamaïque est un passage obligé pour comprendre le Rap, le Panafricanisme et même la Soul music. Et oui, les Noirs américains ont été largement influencés par les Grandes Antilles (Cuba, Haïti, Jamaïque) tant pour les courants politiques que pour la musique.

 

Aujourd'hui, c'est la musique noire qui domine le cloud musical mondial

 

Nombre de courants sont nés en Jamaïque 

(Ethiopianisme, Panafricanisme) mais ne se sont développés qu'en atteignant le sol américain

 

Le corpus provient d'Amérique mais la re-vitalisation spirituelle et musicale est elle l'oeuvre des Grandes Antilles (Cuba, Haïti, Jamaïque).  Il est grand temps d'inverser notre regard.

 Stéphane Delphin

The Unstoppable Kumina band
Sly Dunbar (Sly and Robbie) Batteur, producteur
Professeur William Wedenoja - Anthopologue
Clevie Browne  (Steely and Clevie)  Batteur et Producteur
Prosperous Sound system Jamaica 1991
Nanny - la Reine des Marrons - Jamaique
L'ordre règne à la Jamaique - Daumier 1865
"Country" Vigie Revival
Asher D et Daddy Freddy "Raggamuffin Hip Hop" LP